Rouler en bicarburation sur un long trajet : mon retour d’expérience

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Voiture bicarburation sur route de campagne au lever du jour, retour d'expérience de conduite longue distance

Rouler en bicarburation sur un long trajet m’a cueillie sur l’A36, juste avant l’aire de Beaune-Tailly. Je dépassais un camion chargé, les bagages tapaient dans le coffre, et le moteur ronronnait presque trop bien. Puis le son a changé d’une note, le voyant a clignoté, et j’ai senti l’essence prendre la main sans prévenir.

Ce que je pensais avant de partir et mon contexte personnel

Je suis partie de Besançon avec l’idée que ce trajet familial serait l’occasion de rouler moins cher sans me compliquer la vie. Avec mes deux adolescents à l’arrière, un sac de sport, des bouteilles d’eau et mon compagnon assis à côté, je surveillais déjà les arrêts. Passionnée de mécanique, j’avais aussi envie de voir si la bicarburation tenait vraiment sa promesse sur plusieurs centaines de kilomètres.

J’étais sûre de moi au départ. J’avais lu des retours, noté quelques repères de station, et j’avais retenu l’idée d’un passage automatique assez discret une fois le moteur chaud. Je m’attendais à un roulage presque banal, avec juste un plein plus doux pour le portefeuille, et un comportement normal à vitesse stabilisée. Sur autoroute, je pensais que la voiture resterait très régulière, sans surprise dans le volant ni dans l’accélérateur.

Là où je m’étais trompée, c’est sur la réserve utile. Le plein GPL coupe vers la presque totalité du volume théorique, et ça m’a franchement déstabilisée la première fois. Je croyais remplir un gros réservoir, alors qu’une partie part en sécurité. J’avais aussi sous-estimé la sensibilité du système à la température moteur et au tracé, surtout quand les stations GPL se font rares.

Le jour où la bascule automatique m’a presque fait perdre le contrôle

Ce jour-là, j’étais chargée comme un mulet, avec le coffre plein et le plein fait la veille à 47 euros. La voiture tenait 130 km/h sans broncher, et le moteur paraissait plus constant à vitesse stabilisée, presque lisse. Après 180 kilomètres, je ne sentais encore rien d’anormal, sauf une fatigue légère dans les épaules. J’ai regardé la route droite devant moi, puis le camion à doubler, et j’ai gardé mon élan.

Le basculement s’est produit au moment exact où je revenais sur la file de gauche. Le petit clic du relais a été net, puis le bruit du moteur a pris une couleur différente, plus sèche. Le bouton de sélection a clignoté, et je me suis retrouvée à scruter la jauge comme si elle allait m’expliquer quelque chose. J’ai été frappée par cette sensation de flottement, minuscule mais très claire, entre deux carburants.

J’ai levé le pied d’un souffle, juste assez pour me rassurer et pour laisser la voiture reprendre son souffle. Je me suis sentie un peu bête, je l’avoue, parce que je n’avais pas anticipé cette bascule au milieu d’un dépassement. La puissance n’avait pas disparu, mais mon cœur, lui, avait accéléré d’un coup. J’ai attendu que le camion soit dans mon rétroviseur avant de toucher à quoi que ce soit.

Une fois rabattue, j’ai contrôlé la jauge GPL à barrettes, et là j’ai vu le piège. Elle était restée stable longtemps, puis elle a perdu deux crans d’un coup. C’est ce faux calme qui m’a trompée. Je croyais avoir encore de la marge, alors que le réservoir était déjà bien entamé. Le voyant qui clignotait n’a pas arrangé mon humeur.

À l’arrêt suivant, j’ai ouvert le capot moteur encore chaud. Le clac-clac des injecteurs GPL était plus marqué au ralenti que sur l’essence, et ça m’a aidée à entendre que le système n’était pas tout à fait serein. J’ai fini par repasser au garage pour le détendeur et pour le circuit de refroidissement, parce que je ne bricole pas ce genre de point seule. Sur ce terrain-là, je préfère qu’un professionnel regarde, surtout quand la pression gaz et la température se répondent mal.

Les autres surprises et les limites que j’ai rencontrées au fil du trajet

La jauge m’a joué un autre tour un peu plus loin. Elle est restée sage pendant un bon moment, puis elle a chuté d’un coup après une longue portion stable. J’ai hésité une seconde avant de comprendre que ce n’était pas une panne, juste une réserve trop optimiste dans ma tête. Ce genre de chute donne une impression de faux vide, et je n’aime pas ça du tout.

Sur le même trajet, la consommation réelle m’a aussi calmée. Je m’attendais à une différence légère, et j’ai vu plutôt une hausse nette sur autoroute, avec un plein qui fondait plus vite que prévu. Sur ce parcours, le budget carburant est resté proche de moitié moins cher que l’essence, mais pas au point de me faire oublier la surconsommation. Le compte restait bon, à condition de ne pas rêver d’autonomie magique.

Le vrai souci, pour moi, a été la carte des stations. J’avais repéré seulement une pompe à l’aller, et j’ai dû revoir mon itinéraire pour en trouver trois autres sur le retour. Ce détour m’a pris 12 minutes, rien d’énorme, mais assez pour casser le rythme. Depuis, je ne pars plus sans repérer deux ou trois stations GPL sur l’itinéraire, sinon je me retrouve à rouler trop longtemps à l’essence.

J’ai aussi senti des petits à-coups à la reprise, surtout quand je relançais fort après une aire. Le filtre GPL encrassé ralentissait le passage, avec une hésitation discrète puis des à-coups plus francs. J’ai d’abord accusé la route, puis j’ai fini par reconnaître le signe. J’avais attendu trop longtemps avant l’entretien, et le système me l’a rappelé sans délicatesse.

Ce que j’ai appris et ce que je ferais différemment la prochaine fois

Ce trajet m’a fait comprendre que je ne pouvais pas gérer la réserve au doigt mouillé. La bicarburation aime les marges, pas l’improvisation. Depuis, avant chaque départ, je regarde le niveau avant de quitter la maison et je note les stations avant même de charger les sacs. Je suis devenue beaucoup plus attentive à ce détail, parce que la jauge aime donner le change.

J’ai aussi changé ma façon de conduire. Je suis rentrée avec l’idée que 110 à 120 km/h me laissaient une marge plus confortable que 130 sur une longue étape. Le moteur chauffait mieux, le passage GPL se faisait plus proprement après quelques kilomètres, et je sentais moins de variations dans la reprise. Je fais aussi le plein GPL dès que je croise une station, même quand la jauge n’est pas encore basse.

J’ai compris, sur la route, qu’un souci de température du liquide de refroidissement peut perturber le détendeur et provoquer une bascule automatique au pire moment. Cette impression ne remplace pas un diagnostic, que je laisse à un professionnel agréé. Le circuit de refroidissement compte autant que le réservoir lui-même, et un niveau moyen peut suffire à dérégler le passage GPL/essence en forte charge. Sur ce point, je ne touche pas aux réparations lourdes toute seule.

Au fond, la bicarburation m’a paru très intéressante pour mes longs trajets familiaux. Mon verdict est positif, mais seulement avec de la préparation. Pour quelqu’un qui accepte de préparer un peu son itinéraire, de surveiller la jauge et de garder un œil sur l’entretien, le système garde du sens. Pour des trajets irréguliers, pour quelqu’un qui déteste chercher une station ou qui n’aime pas la moindre alerte au tableau de bord, je la trouve moins sereine. J’y vois une bonne solution pour un usage suivi, pas pour partir à l’aveugle.

Mon bilan personnel après ce long trajet en bicarburation

J’ai appris à regarder les petits signes avant qu’ils ne deviennent des grosses frayeurs. Sur ce trajet, j’ai vu que l’autonomie réelle GPL reste plus courte que prévu à cause du remplissage limité et de la conduite soutenue. J’ai aussi noté que le budget carburant descendait nettement par rapport à l’essence, avec une économie visible dès le premier plein. Ce n’est pas négligeable quand on roule en famille et qu’on compte les arrêts.

Je referais sans hésiter le départ avec le moteur bien chaud, les stations repérées et le plein fait dès que possible. Je garderais aussi cette habitude simple de contrôler les filtres et le circuit de refroidissement avant un grand trajet. J’ai été convaincue que le double réservoir enlève un peu de stress, à condition de ne pas se croire plus large que la jauge. Quand tout est propre, la voiture roule de façon très régulière, et ça m’a plu.

En revanche, je ne repartirais pas sans préparation, ni en faisant confiance à une jauge trop optimiste. Je ne laisserais pas non plus traîner un doute sur le détendeur ou sur le refroidissement. La première fois que ma voiture a basculé en essence en plein dépassement, j’ai vraiment cru que j’allais perdre le contrôle, c’est un moment que je n’oublierai jamais. À la sortie de l’aire de Beaune-Tailly, ce jour-là, j’ai compris que la bicarburation m’allait, mais seulement si je la prends au sérieux.

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La rédaction